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03/08/2007

La surenchère du mépris

"Il est temps de passer de la tolérance qui n'exige pas d'implication (on peut vivre l'un à côté de l'autre sans se rencontrer), au respect qui exige de s'engager et a donc un impact en termes culturels", déclarait Gerri Moriarty, artiste et consultante à Belfast, lors des  rencontres de Banlieues d'Europe (Belfast, du 23 au 25 novembre 2006). Par cette phrase, elle pointait le défi qui concerne les deux grandes communautés d'Irlande du Nord : combler le vide de l'incompréhension culturelle.

Il semble que ces dernières années en Belgique les deux grandes communautés (flamande et francophone) aient plutôt choisi de passer de la tolérance au mépris, histoire de creuser davantage le fossé de l'incompréhension culturelle.

Les négociations actuelles autour de la constitution du gouvernement fédéral en sont le triste exemple. Les politiques flamands et francophones s'accusent mutuellement de vouloir "le séparatisme", d'être responsables du "blocage". Tout compte fait, "l'arrogance" des francophones n'a rien à envier à "l'arrogance" flamande. De même que le mépris de plus en plus affiché des francophones vis-à-vis des Flamands n'a d'égal que le mépris de plus en plus affiché des Flamands pour les francophones.

Ces déclarations politiques quelque peu guerrières sont bien entendu relayées dans les médias flamands et francophones, lesquels contribuent à la formation de l'opinion de leur communauté respective. L'Autre est systématiquement pointé comme responsable de tous les maux économiques, sociaux et environnementaux du pays - comme si la Belgique était une île totalement coupée du monde. La perversité de ce mécanisme fait que chaque communauté se replie sur elle-même et est devenue totalement ignorante de ce que vit l'autre communauté. Personne n'échappe malheureusement à ce mécanisme, puisque nos schémas de pensée sont conditionnés par notre environnement politique, médiatique et culturel respectif. Dès lors, la haine de l'autre communauté ronge de plus en plus les esprits.

Il y a quelques années, Patrick Dewael (libéral flamand), ministre fédéral de l'Intérieur sortant, avait déclaré : "Bruxelles n'est pas Belfast". C'est vrai. Mais nous en sommes peut-être moins loin qu'on ne le pense.