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25/09/2007

Retour à Belfast - 7

Reprise (enfin!) de mes Chroniques belfastoires - toujours en guise de suite à "Un été à Belfast" (L'Harmattan). Lisez ou relisez les épisodes précédents dans la rubrique spécifique. Vous pourrez aussi les retrouver ainsi que d'autres aventures urbaines sur mon autre blog : http://memoires-urbaines.over-blog.com

 

La voiture se faufile tant bien que mal dans les embouteillages et la nuit noire. Elle gagne le quartier universitaire où se trouvent une partie des bureaux du Social Economy Belfast programme. Une perpendiculaire à Botanic Avenue est fermée par une barrière de sécurité. Rachel l'ouvre en tapant son code.

- Cette rue est notre parking. Il y a pas mal de bureaux par ici.

La rue m'avait l'air a priori plutôt résidentielle. Mais bon! Les maisons doivent dater du début du siècle - pas celui-ci, l'autre (le 20e siècle, puisque nous sommes censés être au 21e). Rachel connaît un endroit où le thé et les gâteaux valent le détour. Peu importe l'endroit pour moi. Du moment qu'on soit au chaud.

Le salon s'avère des plus accueillant. La clientèle semble majoritairement estudiantine, le personnel asiatique. Après avoir passé commande au bar, nous nous choisissons une table. Rachel sort plusieurs documents de son sac et entreprend de m'expliquer la situation de l'économie sociale en Irlande du Nord.

 

800 entreprises d'économie sociale

En 2004, l'Irlande du Nord comptait 800 entreprises d'économie sociale, dont 170 à Belfast. Celles-ci étaient, bien entendu, à différents stades de développement. La plupart se trouve implantée dans des zones défavorisées et participe au processus de réconciliation des communautés. A Belfast, elles sont principalement actives dans le secteur des services de proximité (formation, éducation, petite enfance), le secteur du social et de la santé, le secteur de la culture et les cafés communautaires.
La mission du Social Economy Belfast Programme consiste à former les personnes avant qu'elles ne lancent leur entreprise, à exercer un rôle de mentor, à favoriser l'échange de bonnes pratiques ou encore à développer les réseaux. « Toutefois, le mentoring représente la part la plus importante de notre activité, m'explique Rachel. Le mentor peut aider l'entrepreneur social à travers les différentes phases de son projet : plan stratégique, plan marketing, recherche de financeurs, etc. »


Succes stories

Il semble que cette approche porte ses fruits, car le secteur connaît plus d'une success story. Ainsi, le Farset International est un hôtel construit dans le quartier ouest de la ville en 2003, sur une interface qui a été témoin par le passé d'affrontements entre Catholiques et Protestants. L'hôtel compte 38 chambres et met à disposition des salles de réunions et de conférences pour des groupes locaux et internationaux. Une bonne partie des invités de Banlieues d'Europe y logera d'ailleurs pour les deux nuits à venir. Cet hôtel vise à offrir des opportunités d'emploi aux habitants d'un quartier où le taux de chômage est élevé. La présence des touristes entraîne aussi des retombées économiques pour les commerces locaux.
Non loin d'ici, le Common Grounds Café a pris place dans un quartier où des tensions ont souvent opposés habitants et étudiants. Depuis septembre 2004, ce café communautaire favorisent la rencontre des habitants et des étudiants. Les bénéfices servent à financer des projets dans les pays du Tiers-Monde.
Et la liste ne s'arrête pas là...

Incertitudes pour le futur

L'efficacité de cet accompagnement à la création d'entreprises d'économie social pourrait ne plus être aussi bien assuré. « Avec le début de la nouvelle programmation 2007-2013, les fonds de l'Union européenne ont été réduits de manière significative en Irlande du Nord, me dit Rachel. Des 26 organisations de partenariats de stratégie locale (Local Strategy Partnerships), il pourrait bien n'en rester plus que 6 ou 7, beaucoup plus centralisés. En ce moment, elles existent toujours et sont en train de finaliser les payements de la dernière programmation européenne, qui autorise des dépenses jusqu'en 2008. Après, leur futur est plus qu'incertain. »

16/05/2007

Retour à Belfast - 3

Suite de l'épisode 2 qui lui même faisait suite à l'épisode 1 (dingue!). Où je retrouve mon vieil ami Chris O'Halloran qui m'a aidé à faire mes premiers pas à Belfast. La nuit est tombée et la pluie tombe toujours. Je vous laisse ce 3e et court épisode pour ce long week-end.

(...) Pour Chris O'Halloran, j’ai apporté plusieurs tablettes de chocolat belge. Cette attention le touche. En plus, il en a l’air friand. Nous parlons de Belfast, de ce qui bouge, de ce qui reste. Chris me parle des investissements dans le centre-ville, des hôtels et des bâtiments culturels qui poussent comme des champignons, de la volonté de faire venir du monde à Belfast, et surtout de cette tendance des autorités publiques à dire que tout va bien.

- C'est comme s'il ne s'était jamais rien passé, que les Troubles n’avaient jamais existé.

Le pouvoir a souvent du mal à assumer un passé qui le dérange... Mais peut-être est-ce aussi une façon d'accélérer le retour à la normale, la reprise économique et la venue des investisseurs? Il est vrai qu'il est parfois nécessaire de se projeter vers l'avenir, plutôt que de continuellement regarder en arrière. De là à nier le passé? A recouvrir le feu qui couve sous la cendre?  L'entreprise peut s'avérer risquée... Chris regrette que trop souvent les pouvoirs publics ignorent les recommandations des acteurs qui oeuvrent à la réconciliation. Il me demande si dans mon boulot de chercheur, je suis confronté aux mêmes problèmes. Dans un premier temps, je lui déclare que les résultats de ma dernière recherche ont satisfait le commanditaire. Puis, l’instant d’après, je lâche :

- Parfois, j’ai le sentiment que les recommandations que l’on formule sont prises en compte uniquement lorsque cela rejoint les intérêts du commanditaire.

- Je comprends ce que tu veux dire. J’ai aussi ce sentiment.

Il est déjà l’heure de se séparer. Chris m’amène en voiture jusqu’au Mandela’s Hall, en face de la Queen’s University, dans le Sud de la ville, là où les habitants se situent entre classes moyennes et classes supérieures, quand ce n’est pas au-delà. Tous les membres – ou presque - du réseau Banlieues d’Europe se retrouvent là ce soir pour assister à la séance d’ouverture du Belfast Winter Carnival. Il y a là : des personnes déjà rencontrées ailleurs, d’autres à découvrir, des amis à revoir, des amitiés à nouer, des moments à partager, des conversations à mener à bâtons rompus… Faire réseau, à nouveau.