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15/05/2007

Revitalisation économique à Duncairn Gardens

Pour illustrer mon propos sur le Centre d'entreprises de Belfast Nord - appelé localement North City Business Centre -, j'ai repuisé quelques extraits dans mon ouvrage "Un été à Belfast". Le constat et l'interview datent de juin 2002, mais on sait que la revitalisation d'un quartier en crise ne se fait pas en un jour (voir : La f(r)acture sociale des Troubles). Et cela vaut pour n'importe quelle ville d'europe... Le North City Business Centre loue des espaces pour des PME, offre des services aux entreprises à ses locataires (salle de conférences, etc.) et aux PME installées dans le quartier, soutient les candidats souhaitant créer leur propre entreprise (conseils, formation, plan financier, aide à la recherche de fonds de départ).
Située dans le Nord de la ville, à deux pas du centre, cette rue légèrement en pente a dû connaître des jours meilleurs. En plein milieu d’après-midi, elle est déserte. Des grilles métalliques quadrillées couvrent les fenêtres de certaines habitations. Rempart utile contre les 4870dd513d61fcf559a02111fd1e652b.jpgjets de pierres, de cocktails Molotov ou pire encore. D’autres maisons sont abandonnées : leurs portes et fenêtres sont murées. Quelques-unes sont à vendre. Mais je doute que les candidats acquéreurs se bousculent au portillon. Tout Duncairn Gardens n’est qu’une interface ! Sur le trottoir d’en face, des industries sont calfeutrées derrière des murs d’enceinte et des portes de métal. En bas de la rue, à gauche, une rue peu engageante affiche son appartenance à la couronne d’Angleterre, à grand renfort de drapeaux britanniques. À un poteau, un bouquet de fleurs. Un jeune de 16 ans est mort en début d’année. Une bombe, qu’il s’apprêtait à jeter en direction de la police, lui a explosé dans la main. D’après un magazine local, près de 80 % des habitants de Tiger’s Bay sont sous antidépresseurs. Le chômage, de faibles revenus, la tension permanente, l’impossibilité de déménager faut de moyens, l’absence d’un futur souriant, sont autant de facteurs qui les ont brisés. Juste en face, sur la droite, un centre d’entreprises se dresse, protégé par de hauts murs. Derrière se trouve le quartier catholique de New Lodge. (...)
« Avant, Duncairn Gardens comptait des maisons de chaque côté de la route, précise Neil Jarman, directeur de l'Institute for Conflict Research. Aujourd’hui, le bas de la rue a été réaménagé et des unités de production industrielle ont été créées pour attirer les gens, en partant du principe que les gens pourront venir tant du quartier protestant que du quartier catholique [sans devoir traverser le territoire de l'autre communauté]. Cette revitalisation économique s’est progressivement étendue au haut de la rue avec l’arrivée de différents entrepreneurs et de petites entreprises qui se sont lancées. À terme, les maisons vont être abattues. Duncairn Gardens fonctionnera alors comme un espace partagé, mais aussi comme une barrière. On aura donc un espace mort en termes résidentiels, constitué uniquement d’industries et de commerces, mais il permettra à chacun des deux quartiers de ne plus être visible par l’autre, tout en créant des emplois et des retombées économiques qui profiteront aux deux côtés. » Neil reste conscient que cette initiative ne va pas pour autant mettre fin à la ségrégation, mais il estime qu’elle va modifier la nature de l’interface. « Il y a beaucoup de formes de ségrégation ici. Les peacelines que les gens voient en sont une, mais la ségrégation économique existe aussi. »

14/05/2007

La f(r)acture sociale des Troubles

On en parle peu, mais les conséquences sociales du conflit en Irlande du Nord sont lourdes. Quartiers en crise, absence de formation, chômage, chancres industriels, logements dégradés, services de proximité inexistants, environnement insécurisant font partie de l'héritage du conflit. Sans doute est-ce pour cela que lors des élections, les partis ont été attentifs à mettre l'accent sur les enjeux sociaux, économiques, environnementaux et de bien-être, plutôt que sur le rapport de force communautaire?

La dernière newsletter d'Urbact consacre un reportage fort intéressant sur l'Ashton Centre situé dans le quartier catholique de New Lodge, un quartier catholique réputé dur de Belfast Nord. Véritable patchwork de communautés, cette partie de la ville a connu nombre d'émeutes. L'Ashton Centre est un centre communautaire qui procure des formations professionnelles et aide les habitants dans leur recherche d'un emploi.

Dans une prochaine note, je vous parlerai du Centre d'entreprises de Belfast Nord, implanté sur la peaceline de Duncairn Gardens.

 

11/05/2007

Retour à Belfast - 2

(...) Deuxième épisode de mes "Chroniques belfastoises" qui font suite à mon ouvrage "Un été à Belfast". La soirée du 23 novembre 2006 commence à peine. Je n'aurais jamais cru qu'il puisse faire si noir à quatre heures de l'après-midi, mais il est vrai que l'Irlande du Nord est nettement plus proche du cercle polaire que la Belgique.

Plus le bus remonte vers le centre, plus se font visibles les signes de l’appartenance communautaire du quartier : Républicain a n’en pas douter. Des fresques commémorent le 25e anniversaire de la grève de la faim menée jusqu’à la mort par des militants de l’IRA. Le vent a assez de force pour soulever quelques drapeaux irlandais gorgées d’eau. Un drapeau noir frappé du chiffre 25 souligne également le funèbre anniversaire. Un embouteillage me permet de les étudier à travers les vitres constellées de gouttes de pluie. Au loin, les lumières de la ville brillent de plus en plus sous de noirs nuages. Le bus avance du mieux qu’il peut compte tenu de l’heure : seize heures et quart ! J’espère être à l’heure pour mon rendez-vous avec mon vieil ami Chris O’Halloran du Belfast Interface Project.

Le terminus ne m’évoque aucun souvenir. Il me faut moment pour m’orienter, tellement il fait noir et tellement il pleut. Et puis, tout me revient. Le toit d’une tourelle éclairée. Le nom d’une rue. La rue toute entière. Des enseignes de magasins. La ville m’adopte une nouvelle fois. Je me fonds en elle, passant parmi les passants, Belfastois aux yeux des Belfastois. Je ne suis plus cet étranger qui cherche son chemin. Je me sens comme chez moi. Je marche franchement, quitte brutalement une grosse artère en sachant pertinemment dans quelle rue j’aboutis. A droite, c’est le piétonnier commercial. Une arcade s’ouvre 85337f2f8340791a51a0f7031c6d7d73.jpgdevant moi. J’enfile sans hésiter la galerie commerçante, pour m’abriter un instant de la pluie glaciale. Des guirlandes électriques tapageuses m’avertissent de l’imminence de la Noël. Et à la fin de la galerie, j’y suis : c’est Noël ! « Merry Christmas from Belfast » s’affiche en lettres lumineuses au dessus de l’artère de Bradbury Place. Un sourire et deux yeux jouxtent le « Merry Christmas ». Le marché de Noël a pris ses quartiers devant le City Hall. Toute la ville s’est parée des couleurs et des lumières des fêtes de fin d’année. Un froid piquant finit de planter le décor.

J’hésite, tourne le dos à l’hôtel de ville local et marche jusqu’au carrefour avec Anne Street, là où finit Bradbury Place et où commence Royal Avenue : artères commerçantes des plus prisées. Je m’arrête au bord du trottoir. Il y a deux semaines, la Continuity IRA a fait sauté un magasin un peu plus loin sur le droite. Objectif : saboter les pourparlers autour de l’établissement d’un gouvernement conjoint Sinn Fein – DUP. Aucune victime. J'hésite à partir à la recherche du lieu du crime. La pluie et le froid m’en dissuadent. Je reviens sur mes pas. La chaleur du marché me tend les bras. Spécialités bretonnes, Apfelstrudels autrichiens, gâteaux perses… Près d’un chalet, j’aperçois une femme originaire d’Afrique noire. Je suis fasciné. Les non-Européens sont assez rares en Irlande du Nord. De petite taille, elle semble âgée. Elle a emmitouflé sa tête dans un foulard et ceint son cou d’une écharpe. Elle s’attarde devant un chalet, hésite… Je détourne le regard pour ne pas croiser le sien. Il n'est agréable pour personne de se sentir observé. Je délaisse le marché pour m'attarder un instant548f6c16652927f2b995cff5891717f3.jpg du côté Est du City Hall, là où a été érigée une monument aux victimes du Titanic. La statue est tournée en direction du port et des anciens chantiers maritimes qui ont donné naissance au malheureux transatlantique. Au bout de quelques minutes, je me dirige vers le Sud, vers la partie la plus luxuriante de la ville… La plus animée aussi.

Sous la pluie de plus en plus glaciale, un feu reste désespérément rouge pour moi et une bonne trentaine de personnes. Celui ou celle qui inventera l’essuie-glace pour lunettes fera sûrement fortune. En tout cas, il m’aura comme client. Vert. Une rue dont je ne me rappelle plus le nom m’entraîne vers Shaftesbury Square… Elle compte un cinéma et un nombre impressionnant de restaurants. Un peu plus que lors de ma dernière visite. Peut-être est-ce juste une impression ?
Malgré le temps pourri, la rue regorge de monde. Et très rapidement je constate à quel point la ville à changer. Un jeune asiatique marche vers moi. Il existe une communauté chinoise importante dans le quartier. Peut-être en fait-il partie ? Je le dévisage, ravi de voir ma deuxième personne de couleur en si peu de temps. Il me regarde avec la méfiance qui convient. Belfast deviendrait-elle de plus en plus multiculturelle ? Plus loin, deux policières empruntent tranquillement le passage clouté à l’entrée de Botanic Avenue, le képi sur le crâne et un ciré jaune sur le dos. L’amusement se lit sur leurs visages. La conversation doit être plaisante. Cela pourrait paraître anodin, mais pour moi cela représente un autre changement considérable. Une patrouille à pied ! Et de bonne humeur ! Il semble loin le temps où je n’apercevais les policiers locaux qu’à travers les vitres de voitures blindées, le visage tendu, l’arme que l’on devine à portée de main.
Plus le temps d’aller boire un verre. Je me hâte vers mon rendez-vous. Ma route croise encore une petite fille asiatique, cartable sur le dos. A travers une vitrine, un vieil africain discute avec un vieux blanc. Leurs visages révèlent une conversation des plus cordiales. A l’angle d’une rue, un nouvel hôtel a été construit. Le développement de cette ville n’en finit pas de m’étonner.

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(...)

 

09/05/2007

Répartition des communautés à Belfast

Souvent l'on m'a demandé s'il existait des cartes sur la répartition des communautés à Belfast.

En voici une - libre de droits - qui provient du CAIN (Conflict Archive on the INternet). Elle se base sur un recensement de 1991. Elle parle d'elle-même. Plus c'est vert, plus c'est Catholique-Nationaliste-Républicain ; plus c'est rouge, plus c'est Protestant-Unioniste-Loyaliste. Les zones jaunes sont plutôt mixtes. Pour une version haute résolution, cliquez sur le lien :

http://cain.ulst.ac.uk/images/maps/belfast_religion.gif

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