Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

11/03/2009

Quand la police remplace l'IRA

On l'oublie parfois, mais le démantelement de l'IRA - branche militaire du Sinn Fein - explique aussi l'actuelle montée en puissance des dissidents républicains, tels la RIRA (Real IRA - IRA véritable) ou la CIRA (Continuity IRA - IRA continuité).

Lorsqu'en 2005, l'IRA a accepté de démanteler définitivement son arsenal, elle n'est pas renoncé qu'à la lutte armée. L'IRA a aussi renoncé à son rôle de "police". Pendant les Troubles, les Catholiques avaient pour consigne de ne jamais appeler la police officielle s'ils se trouvaient confrontés à de problèmes de petite délinquance. L'IRA se chargeait de réprimer les comportements antisociaux (petite délinquance, trafic de drogues, etc.) et autres activités criminelles dans les quartiers républicains. Les Catholiques ne respectant pas ce mot d'ordre risquaient d'être dénoncés comme "collabos" à l'IRA.

Ce retour de l'Etat de droit dans certains quartiers n'est pas sans conséquence. Entre le cessez-le-feu de 1994 et le démantelement de 2005, l'IRA se chargeait elle-même de réprimer les activités de ses dissidents. Peu après l'attentat d'Omagh du 15 août 1998, des membres de l'IRA ont organisé des "descentes" dans les maisons de 60 personnes en lien avec la RIRA pour les forcer à démanteler leur organisation. D'autres actions violentes ont été menées par l'IRA contre les dissidents républicains pour les forcer à abandonner la lutte.

L'arrivée au pouvoir du Sinn Fein a changé la donne. Les anciens de l'IRA ont accepté de renoncer à la violence et doivent s'y tenir pour éviter toute crise gouvernementale. Du coup, la CIRA et la RIRA ont les coudées plus franches. Désormais, c'est à la police nord-irlandaise de réoccuper le terrain laissé libre par l'IRA.

 

 

Bientôt "l'oubli"?

Je me demande si, d'ici une à deux semaines, l'Irlande du Nord fera toujours l'objet d'articles dans la presse internationale? Pour suivre le processus de paix depuis quelques années, je constate qu'on n'en parle que lorsque des "troubles" y éclatent. Classique me direz-vous.

Quoiqu'il en soit, s'il n'y a pas d'autre attentats dans les prochains jours, il est fort probable que l'Irlande du Nord retombe dans l'oubli médiatique.

Dommage! Le processus de paix se porte bien, la réconciliation est en marche et les groupes dissidents n'ont pas le soutien de la population. C'est peut-être cela l'essentiel et non pas les combats d'arrière-garde de quelques groupuscules catholiques et protestants qui ne représentent qu'eux-mêmes et leurs intérêts.

 

09:27 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cira, ira, rira

25/05/2007

Retour à Belfast - 4

En attendant que les urnes soient complètement dépouillées en République d'Irlande, je vous livre le 4e épisode des Chroniques belfastoises.

En ce vendredi 24 novembre 2006, je me réveille au petit matin dans un hôtel où la moitié des participants aux 13e rencontres de Banlieues d'Europe a vainement tenté de dormir. C'est une journée particulière. Aujourd'hui, les différents partis politiques d'Irlande du Nord doivent se prononcer sur l'accord de Saint-Andrew (Ecosse). Ce dernier s'inscrit dans la lignée de l'accord de paix de 1998 pour restaurer le parlement nord-irlandais, le Stormont. D'ailleurs, c'est là que sont censés se réunir les partis. Et tout ne va pas se passer comme prévu...

Je fus bien inspiré d’emporter dans mes bagages une boite de boules « Quies ». A deux heures du matin, la fête battait toujours son plein quelque part dans le Balmoral Hotel. Sans doute au bar. Mes alliées acoustiques m’ont permis de passer une bonne nuit. A l’inverse de mes petits camarades de Banlieues. Mon voisin de couloir, Bouchaïb, avait une tête de déterré ce matin. Lorsque je rejoins la salle à manger pour le breakfast, les autres n’ont pas l’air en meilleure forme. Francis Kochert, journaliste, rencontré à Paris quelques mois plus tôt ; son ami Hervé, un Alsacien de Sarreguemines avec qui j’ai sympathisé la veille et qui a beaucoup apprécié mon livre ; Jean Hurstel ; Myriam, Frédérique et Sarah de Banlieues d’Europe ; Yvette Lecomte de la Communauté française de Belgique et j'en passe…
Il faut se hâter de manger, le car n’attend pas. On se retrouve rapidement à prendre un trajet similaire à hier. On passe devant le projet de régénération urbaine de Stewartstownroad. Il fait gris. On se retrouve dans cette portion du quartier catholique qui était embouteillée la veille au soir. Autour de moi, les gens s’interrogent sur l’endroit où nous sommes, la signification des drapeaux noirs, des fresques murales. J’explique en retour que ces drapeaux font référence au 25e anniversaire de la grève de la faim menée par plusieurs membres de l'IRA en 1981. Cela vaut aussi pour les fresques représentant un grand H, qui fait référence à "Hunger stryke" ou à la forme de la prison - j'avoue ne plus savoir.

464e3264304b644c09f31383e5840d5f.jpg 

Du coup, il ne faut pas cinq minutes pour que je devienne le centre d’attention de dix paires d’oreilles. Le plus connu, Bobby Sands, s'était même fait élire au parlement de Westminster tout en étant en prison. Ils tentaient d'obtenir le statut de prisonnier politique. Le gouvernement britannique n’a pas cédé. Bobby Sands est mort au bout de 66 jours. Neuf autres prisonniers de l’IRA et de l’INLA (Irish National Liberation Army, une dissidence de l’IRA) ont suivi peu de temps après. Ce fut une des plus grosses victoires médiatiques pour le mouvement républicain, qui lui valut une sympathie quasi-internationale.

Le car franchit une peaceline, dont les deux portes de métal sont grandes ouvertes. La nuit, elles seront refermées. Mesure de prévention. Garantie de sécurité. Les souvenirs du conflit restent vivaces dans les mémoires.

220d3a1cb06e2ccaf7691683d52eb278.jpg

11/05/2007

Retour à Belfast - 2

(...) Deuxième épisode de mes "Chroniques belfastoises" qui font suite à mon ouvrage "Un été à Belfast". La soirée du 23 novembre 2006 commence à peine. Je n'aurais jamais cru qu'il puisse faire si noir à quatre heures de l'après-midi, mais il est vrai que l'Irlande du Nord est nettement plus proche du cercle polaire que la Belgique.

Plus le bus remonte vers le centre, plus se font visibles les signes de l’appartenance communautaire du quartier : Républicain a n’en pas douter. Des fresques commémorent le 25e anniversaire de la grève de la faim menée jusqu’à la mort par des militants de l’IRA. Le vent a assez de force pour soulever quelques drapeaux irlandais gorgées d’eau. Un drapeau noir frappé du chiffre 25 souligne également le funèbre anniversaire. Un embouteillage me permet de les étudier à travers les vitres constellées de gouttes de pluie. Au loin, les lumières de la ville brillent de plus en plus sous de noirs nuages. Le bus avance du mieux qu’il peut compte tenu de l’heure : seize heures et quart ! J’espère être à l’heure pour mon rendez-vous avec mon vieil ami Chris O’Halloran du Belfast Interface Project.

Le terminus ne m’évoque aucun souvenir. Il me faut moment pour m’orienter, tellement il fait noir et tellement il pleut. Et puis, tout me revient. Le toit d’une tourelle éclairée. Le nom d’une rue. La rue toute entière. Des enseignes de magasins. La ville m’adopte une nouvelle fois. Je me fonds en elle, passant parmi les passants, Belfastois aux yeux des Belfastois. Je ne suis plus cet étranger qui cherche son chemin. Je me sens comme chez moi. Je marche franchement, quitte brutalement une grosse artère en sachant pertinemment dans quelle rue j’aboutis. A droite, c’est le piétonnier commercial. Une arcade s’ouvre 85337f2f8340791a51a0f7031c6d7d73.jpgdevant moi. J’enfile sans hésiter la galerie commerçante, pour m’abriter un instant de la pluie glaciale. Des guirlandes électriques tapageuses m’avertissent de l’imminence de la Noël. Et à la fin de la galerie, j’y suis : c’est Noël ! « Merry Christmas from Belfast » s’affiche en lettres lumineuses au dessus de l’artère de Bradbury Place. Un sourire et deux yeux jouxtent le « Merry Christmas ». Le marché de Noël a pris ses quartiers devant le City Hall. Toute la ville s’est parée des couleurs et des lumières des fêtes de fin d’année. Un froid piquant finit de planter le décor.

J’hésite, tourne le dos à l’hôtel de ville local et marche jusqu’au carrefour avec Anne Street, là où finit Bradbury Place et où commence Royal Avenue : artères commerçantes des plus prisées. Je m’arrête au bord du trottoir. Il y a deux semaines, la Continuity IRA a fait sauté un magasin un peu plus loin sur le droite. Objectif : saboter les pourparlers autour de l’établissement d’un gouvernement conjoint Sinn Fein – DUP. Aucune victime. J'hésite à partir à la recherche du lieu du crime. La pluie et le froid m’en dissuadent. Je reviens sur mes pas. La chaleur du marché me tend les bras. Spécialités bretonnes, Apfelstrudels autrichiens, gâteaux perses… Près d’un chalet, j’aperçois une femme originaire d’Afrique noire. Je suis fasciné. Les non-Européens sont assez rares en Irlande du Nord. De petite taille, elle semble âgée. Elle a emmitouflé sa tête dans un foulard et ceint son cou d’une écharpe. Elle s’attarde devant un chalet, hésite… Je détourne le regard pour ne pas croiser le sien. Il n'est agréable pour personne de se sentir observé. Je délaisse le marché pour m'attarder un instant548f6c16652927f2b995cff5891717f3.jpg du côté Est du City Hall, là où a été érigée une monument aux victimes du Titanic. La statue est tournée en direction du port et des anciens chantiers maritimes qui ont donné naissance au malheureux transatlantique. Au bout de quelques minutes, je me dirige vers le Sud, vers la partie la plus luxuriante de la ville… La plus animée aussi.

Sous la pluie de plus en plus glaciale, un feu reste désespérément rouge pour moi et une bonne trentaine de personnes. Celui ou celle qui inventera l’essuie-glace pour lunettes fera sûrement fortune. En tout cas, il m’aura comme client. Vert. Une rue dont je ne me rappelle plus le nom m’entraîne vers Shaftesbury Square… Elle compte un cinéma et un nombre impressionnant de restaurants. Un peu plus que lors de ma dernière visite. Peut-être est-ce juste une impression ?
Malgré le temps pourri, la rue regorge de monde. Et très rapidement je constate à quel point la ville à changer. Un jeune asiatique marche vers moi. Il existe une communauté chinoise importante dans le quartier. Peut-être en fait-il partie ? Je le dévisage, ravi de voir ma deuxième personne de couleur en si peu de temps. Il me regarde avec la méfiance qui convient. Belfast deviendrait-elle de plus en plus multiculturelle ? Plus loin, deux policières empruntent tranquillement le passage clouté à l’entrée de Botanic Avenue, le képi sur le crâne et un ciré jaune sur le dos. L’amusement se lit sur leurs visages. La conversation doit être plaisante. Cela pourrait paraître anodin, mais pour moi cela représente un autre changement considérable. Une patrouille à pied ! Et de bonne humeur ! Il semble loin le temps où je n’apercevais les policiers locaux qu’à travers les vitres de voitures blindées, le visage tendu, l’arme que l’on devine à portée de main.
Plus le temps d’aller boire un verre. Je me hâte vers mon rendez-vous. Ma route croise encore une petite fille asiatique, cartable sur le dos. A travers une vitrine, un vieil africain discute avec un vieux blanc. Leurs visages révèlent une conversation des plus cordiales. A l’angle d’une rue, un nouvel hôtel a été construit. Le développement de cette ville n’en finit pas de m’étonner.

1d82ca3b0381be5a89f3700b5d9a2b09.jpg

(...)