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14/05/2007

La f(r)acture sociale des Troubles

On en parle peu, mais les conséquences sociales du conflit en Irlande du Nord sont lourdes. Quartiers en crise, absence de formation, chômage, chancres industriels, logements dégradés, services de proximité inexistants, environnement insécurisant font partie de l'héritage du conflit. Sans doute est-ce pour cela que lors des élections, les partis ont été attentifs à mettre l'accent sur les enjeux sociaux, économiques, environnementaux et de bien-être, plutôt que sur le rapport de force communautaire?

La dernière newsletter d'Urbact consacre un reportage fort intéressant sur l'Ashton Centre situé dans le quartier catholique de New Lodge, un quartier catholique réputé dur de Belfast Nord. Véritable patchwork de communautés, cette partie de la ville a connu nombre d'émeutes. L'Ashton Centre est un centre communautaire qui procure des formations professionnelles et aide les habitants dans leur recherche d'un emploi.

Dans une prochaine note, je vous parlerai du Centre d'entreprises de Belfast Nord, implanté sur la peaceline de Duncairn Gardens.

 

11/05/2007

Retour à Belfast - 2

(...) Deuxième épisode de mes "Chroniques belfastoises" qui font suite à mon ouvrage "Un été à Belfast". La soirée du 23 novembre 2006 commence à peine. Je n'aurais jamais cru qu'il puisse faire si noir à quatre heures de l'après-midi, mais il est vrai que l'Irlande du Nord est nettement plus proche du cercle polaire que la Belgique.

Plus le bus remonte vers le centre, plus se font visibles les signes de l’appartenance communautaire du quartier : Républicain a n’en pas douter. Des fresques commémorent le 25e anniversaire de la grève de la faim menée jusqu’à la mort par des militants de l’IRA. Le vent a assez de force pour soulever quelques drapeaux irlandais gorgées d’eau. Un drapeau noir frappé du chiffre 25 souligne également le funèbre anniversaire. Un embouteillage me permet de les étudier à travers les vitres constellées de gouttes de pluie. Au loin, les lumières de la ville brillent de plus en plus sous de noirs nuages. Le bus avance du mieux qu’il peut compte tenu de l’heure : seize heures et quart ! J’espère être à l’heure pour mon rendez-vous avec mon vieil ami Chris O’Halloran du Belfast Interface Project.

Le terminus ne m’évoque aucun souvenir. Il me faut moment pour m’orienter, tellement il fait noir et tellement il pleut. Et puis, tout me revient. Le toit d’une tourelle éclairée. Le nom d’une rue. La rue toute entière. Des enseignes de magasins. La ville m’adopte une nouvelle fois. Je me fonds en elle, passant parmi les passants, Belfastois aux yeux des Belfastois. Je ne suis plus cet étranger qui cherche son chemin. Je me sens comme chez moi. Je marche franchement, quitte brutalement une grosse artère en sachant pertinemment dans quelle rue j’aboutis. A droite, c’est le piétonnier commercial. Une arcade s’ouvre 85337f2f8340791a51a0f7031c6d7d73.jpgdevant moi. J’enfile sans hésiter la galerie commerçante, pour m’abriter un instant de la pluie glaciale. Des guirlandes électriques tapageuses m’avertissent de l’imminence de la Noël. Et à la fin de la galerie, j’y suis : c’est Noël ! « Merry Christmas from Belfast » s’affiche en lettres lumineuses au dessus de l’artère de Bradbury Place. Un sourire et deux yeux jouxtent le « Merry Christmas ». Le marché de Noël a pris ses quartiers devant le City Hall. Toute la ville s’est parée des couleurs et des lumières des fêtes de fin d’année. Un froid piquant finit de planter le décor.

J’hésite, tourne le dos à l’hôtel de ville local et marche jusqu’au carrefour avec Anne Street, là où finit Bradbury Place et où commence Royal Avenue : artères commerçantes des plus prisées. Je m’arrête au bord du trottoir. Il y a deux semaines, la Continuity IRA a fait sauté un magasin un peu plus loin sur le droite. Objectif : saboter les pourparlers autour de l’établissement d’un gouvernement conjoint Sinn Fein – DUP. Aucune victime. J'hésite à partir à la recherche du lieu du crime. La pluie et le froid m’en dissuadent. Je reviens sur mes pas. La chaleur du marché me tend les bras. Spécialités bretonnes, Apfelstrudels autrichiens, gâteaux perses… Près d’un chalet, j’aperçois une femme originaire d’Afrique noire. Je suis fasciné. Les non-Européens sont assez rares en Irlande du Nord. De petite taille, elle semble âgée. Elle a emmitouflé sa tête dans un foulard et ceint son cou d’une écharpe. Elle s’attarde devant un chalet, hésite… Je détourne le regard pour ne pas croiser le sien. Il n'est agréable pour personne de se sentir observé. Je délaisse le marché pour m'attarder un instant548f6c16652927f2b995cff5891717f3.jpg du côté Est du City Hall, là où a été érigée une monument aux victimes du Titanic. La statue est tournée en direction du port et des anciens chantiers maritimes qui ont donné naissance au malheureux transatlantique. Au bout de quelques minutes, je me dirige vers le Sud, vers la partie la plus luxuriante de la ville… La plus animée aussi.

Sous la pluie de plus en plus glaciale, un feu reste désespérément rouge pour moi et une bonne trentaine de personnes. Celui ou celle qui inventera l’essuie-glace pour lunettes fera sûrement fortune. En tout cas, il m’aura comme client. Vert. Une rue dont je ne me rappelle plus le nom m’entraîne vers Shaftesbury Square… Elle compte un cinéma et un nombre impressionnant de restaurants. Un peu plus que lors de ma dernière visite. Peut-être est-ce juste une impression ?
Malgré le temps pourri, la rue regorge de monde. Et très rapidement je constate à quel point la ville à changer. Un jeune asiatique marche vers moi. Il existe une communauté chinoise importante dans le quartier. Peut-être en fait-il partie ? Je le dévisage, ravi de voir ma deuxième personne de couleur en si peu de temps. Il me regarde avec la méfiance qui convient. Belfast deviendrait-elle de plus en plus multiculturelle ? Plus loin, deux policières empruntent tranquillement le passage clouté à l’entrée de Botanic Avenue, le képi sur le crâne et un ciré jaune sur le dos. L’amusement se lit sur leurs visages. La conversation doit être plaisante. Cela pourrait paraître anodin, mais pour moi cela représente un autre changement considérable. Une patrouille à pied ! Et de bonne humeur ! Il semble loin le temps où je n’apercevais les policiers locaux qu’à travers les vitres de voitures blindées, le visage tendu, l’arme que l’on devine à portée de main.
Plus le temps d’aller boire un verre. Je me hâte vers mon rendez-vous. Ma route croise encore une petite fille asiatique, cartable sur le dos. A travers une vitrine, un vieil africain discute avec un vieux blanc. Leurs visages révèlent une conversation des plus cordiales. A l’angle d’une rue, un nouvel hôtel a été construit. Le développement de cette ville n’en finit pas de m’étonner.

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(...)

 

09/05/2007

Répartition des communautés à Belfast

Souvent l'on m'a demandé s'il existait des cartes sur la répartition des communautés à Belfast.

En voici une - libre de droits - qui provient du CAIN (Conflict Archive on the INternet). Elle se base sur un recensement de 1991. Elle parle d'elle-même. Plus c'est vert, plus c'est Catholique-Nationaliste-Républicain ; plus c'est rouge, plus c'est Protestant-Unioniste-Loyaliste. Les zones jaunes sont plutôt mixtes. Pour une version haute résolution, cliquez sur le lien :

http://cain.ulst.ac.uk/images/maps/belfast_religion.gif

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05/05/2007

Retour à Belfast - 1

4c3957f471a45a90696fec8703e42493.jpgEn novembre 2006, j’étais invité par « Banlieues d’Europe » à Belfast pour participer à un colloque sur le thème « Cultures et conflits ». La ville était le site idéal pour débattre d’un tel sujet. Chroniques de ce voyage de quatre jours, déjà précédemment éditées dans un autre blog, mais quelque peu retouchées ici.

Jeudi 23 novembre 2006

Le bimoteur évolue péniblement au milieu des bourrasques de vent. A travers le hublot, j’aperçois l’embouchure de la 1c70b1b5a5c007380f06c58cea6eee19.jpgLagan, le fleuve qui traverse Belfast. L’écume abondante témoigne d’une certaine agitation. De temps à autre, les nuages cèdent la place au soleil. Une secousse plus forte que les autres me fait tourner la tête vers mon compagnon de voyage.
- Je te l’avais dit ! Tout à fait l’impression d’avoir roulé sur une bosse.
Jean Hurstel, président du Réseau "Banlieues d'Europe", ne dit rien, se contentant de sourire. Une nouvelle embardée conforte ce sentiment de progresser sur une vieille route empierrée. Qui eut cru que l’air puisse être aussi résistant ?
Les anciens chantiers navals se profilent. Tout le quartier portuaire monte vers nous. L’avion sort son train d’atterrissage et se pose rapidement sur le tarmac du Belfast city airport, rebaptisé Georges Best en l'honneur du seul sportif nord-irlandais qui ait toujours été applaudi par les deux communautés.

La descente n’a pas traîné. La récupération des bagages non plus. A l’extérieur de l’aéroport de la ville, un taxi réservé par « Banlieues d’Europe » nous emmène de l’autre côté de Belfast, au Balmoral Hôtel. Là, on s’empresse de sustenter au grill bar : hamburger-frites-salade et une pinte de Harp. Il était temps, il est déjà quinze heures ! Cela nous rend de moins méchante humeur l’un et l’autre.  On en profite pour évoquer le programme : nous sommes là pour quatre jours, les 13es rencontres du réseau ont pour thème "Cultures et conflits". Jean en profite pour me poser la question :
- Au fait, qu’est-ce qui t’a amené à écrire sur Belfast ?
- Ben… Au cours de mes deux séjours, je me suis rendu compte que j’avais amassé quantité de matériau sur cette ville : des interviews, des impressions, de la documentation… Je me suis dit qu’il y avait quantité de choses à apprendre de cette ville, à transmettre… Des pratiques qui seraient utiles pour d’autres villes européennes.
Terriblement classique comme démarche : le sentiment d’avoir un message à délivrer. Depuis les lointaines origines de l’écriture il en a toujours été ainsi. Quel conditionnement !

Le repas fini, Jean retourne dans sa chambre faire une sieste. Je regagne la mienne pour me doucher et repartir aussitôt vers le centre-ville. Un coup d’œil à mon vieux plan de Belfast à moitié déchiré me précise, qu'au cas où j'aurais encore le moindre doute, nous sommes vraiment à l’autre bout de la ville. Heureusement, à la réception, on me renseigne un arrêt de bus juste en face de l’hôtel… Côté gauche de la route, il faudra m’y faire à cette manière de conduire. Le soleil qui nous a accueilli s’est déjà enfui. La nuit  tombe déjà, en même temps qu’une légère pluie.
Au conducteur, je tends mon billet de 5 livres sterling représentant la tête de la reine. L’homme le prend en ricanant : « Her Majesty the Queen ! » Serait-il Républicain-Catholique-Nationaliste ? Le trajet emprunté par le bus traverse effectivement l’Ouest Catholique de la ville. Il passe devant le projet de régénération urbaine de Stewartstown Road. J’ai déjà eu l’occasion de le visiter à deux reprises. Il tient bon. Derrière un bâtiment de deux étages regroupant les services sociaux protestants et catholiques se trouve l’enclave loyaliste de Suffolk. Les membres des deux communautés ont appris à gérer cet « espace partagé », à s'y côtoyer.

(...)

 

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