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15/06/2007

Stewartstown Road Regeneration Project - 2

Juin 2002, je retourne sur le site du Stewartstown Road Regeneration Project (voir "Stewartstown Road Regeneration Project - 1"). Que de changements!

Trois ans plus tard, un supermarché a effectivement été construit sur la peaceline. La peaceline semble s’être quelque 18af599af52a8eac4bd54a15634db643.jpgpeu adoucie. Les thuyas et les grilles métalliques ont disparu et la route est fermée de manière plus esthétique : les tôles ont cédé la place à une porte de métal plus nette. Un immeuble neuf trône devant l’ancien : il accueille au rez-de-chaussée le bureau de poste et deux ou trois commerces. Certains éléments de la peaceline ont néanmoins été conservés pour des raisons de sécurité, mais les changements opérés vont dans le bon sens.

A l’étage du bâtiment, se trouvent les bureaux destinés à accueillir les services sociaux. Certaines pièces sont encore en chantier, mais plus pour longtemps. J'y retrouve John Hoey, un géant de deux mètres, à qui je donne 45 ans. Gestionnaire du bâtiment, il est actif dans le Stewartstown Road Regeneration Project depuis février 2001. Ce projet de revitalisation urbaine s’appuie sur des financements régionaux, nationaux, européens et internationaux. Il nous explique que le e0f5cec8d69b7b4f9b5044726906f58c.jpgbureau des directeurs du projet est composé d’un nombre égal de membres de Lenadoon et de Suffolk. En plus de cela, les contacts structurels entre les deux communautés sont nombreux. Dans le bâtiment, chaque communauté dispose du même espace de bureaux à l’étage. « Chacune a signé son bail à la même date selon les mêmes termes et les mêmes conditions, raconte John. Ce bâtiment sera utilisé par les deux communautés qui ont un droit équivalent à le posséder et à se trouver à l’intérieur. Des gens à revenus modestes viendront ici pour accéder aux services publics mis à leur disposition. Dans le hall central, une série d’équipements leur permettra de prendre une tasse de café ou de manger leur repas de midi et d’interagir avec les autres dans un cadre convivial. Au rez-de-chaussée, le bureau de poste et les magasins fournissent des services à l’usage des deux communautés, au même titre que le supermarché. La poste va par ailleurs engager des personnes issues des deux communautés. Enfin, tout projet futur (crèche, espace de jeux…) s’inscrira dans la même logique d’ espace partagé. »

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10/06/2007

Retour à Belfast - 5

3895f77483d7f6d27db93f32218311c4.jpgL'action se déroule toujours le vendredi 24 novembre 2006. 

Après avoir traversé un quartier des plus tristes nous arrivons dans Shankill Road, au Spectrum Centre. Des fresques plus évidentes apparaissent. De nouveau les mêmes questions. Je remplis mon rôle de guide touristique improvisé. Je sympathise avec Nadir, journaliste à Beur FM (Paris). Le temps est chagrin. Nous nous hâtons de nous réfugier à l’intérieur. Les Rencontres vont commencer. Compte-rendu journalistique.

 

Mise en bouche

Depuis 1990, le réseau Banlieues d’Europe, constitué d’acteurs culturels, d’artistes, de chercheurs, d’élus, travaille à l’échange de pratiques et d’informations « pour évaluer et promouvoir les projets d’action culturelle naissant dans les quartiers en difficultés en Europe. »

Pour ces 13es rencontres, Banlieues d’Europe soulignait l’importance de la culture dans les conflits : « Certains pourraient arguer que la culture et l’art ne sont que purs divertissements imaginaires, mais nous répondons que la force des représentations imaginaires et symboliques est déterminante. L’Histoire récente des conflits ethniques et religieux dans le monde, de la montée du nationalisme ou de la xénophobie, au nom de l’identité culturelle le démontre largement. La culture est au centre de tous ces conflits, au croisement de l’imaginaire et du symbolique, de l’ensemble des représentations et des valeurs qui traversent une société humaine. »

D’om l’idée du réseau européen d’inviter des représentants de projets artistiques et culturels qui cherchent à développer le dialogue entre les différentes communautés, « en conflit ou en voie de l’être ». Pour Banlieues d’Europe, « il s’agit de les faire valoir et de soutenir le développement d’activités de ce type dans des contextes de conflits existants ou larvés, afin de contribuer à leur prévention, à leur résolution. »

Au cœur du sujet

« Avoir choisi Belfast nous évitera de rester dans le discours », déclare d’entrée de jeu Olivier Gagnier, chargé de mission au ministère de la Culture – Délégation au développement et aux Affaires internationales (France). Soulignant le fait qu’il y a une diversité culturelle à faire vivre, il insiste sur la nécessité de moderniser les relations de partenariats entre les organismes de gestion des pouvoirs publics et la société civile et les associations, qui n’ont pas de légitimité politique, mais qui ont en revanche un rôle d’éclairage, d’avertissement. « On n’est plus dans l’animation culturelle des années 60, mais dans une problématique de cohésion sociale et territoriale pointées lors du sommet de Lisbonne », complète l’orateur. Dans ce cadre, l’éducation culturelle et artistique peuvent être un vecteur d’échanges et devraient faire partie du socle de l’éducation.

Heather Floyd, directrice du Community Arts Forum (Irlande du Nord) abonde dans ce sens. Pour elle, il y a eu beaucoup de changements dans les quartiers en cris grâce à l’action culturelle. « L’art est une vraie contribution au processus de réconciliation en Irlande du Nord. Il stimule l’imagination, la société. » Gerri Moriarty, artiste et consultante à Belfast, ajoute qu’aujourd’hui les deux grandes communautés d’Irlande du Nord ont comme défi de combler le vide de l’incompréhension culturelle : « Il est temps de passer de la tolérance, qui n’exige pas d’implication - on peut vivre l’un à côté de l’autre sans se rencontrer –, au respect qui exige de s’engager et a donc un impact en termes culturel. »

De son côté, Roger Tropéano, président du réseau « Les rencontres », qui regroupent les élus à la Culture dans les différentes collectivités territoriales, estime également que le monde artistique participe à la résolution des conflits, mais il se demande aussi si les conflits ne sont pas une conséquence de diversités culturelles exacerbées. Pour sa part, Jean Hurstel, président du réseau Banlieues d’Europe, replonge dans ses souvenirs d’enfance pour illustrer la question du conflit. « Quand j’étais gosse, raconte-t-il, en juillet, on allait au bord du Rhin, On regardait de l’autre côté. Alors on voyait des ombres au loin. On se disait : ‘Ca, ce sont des Allemands’. On nommait ainsi l’ennemi héréditaire. C’est à la frontière que se joue les regards de l’autre. En même temps, il y avait ces péniches qui faisaient rêver à la mer, à tout ce qui venait de l’extérieur. C’est peut-être cela le rôle de la culture… On a souvent une image dépréciative de l’autre. La vraie question du conflit n’est pas d’avoir une mauvaise image de l’autre. La vraie question est de comprendre pourquoi je passe à l’acte. Pourquoi en une nuit des Serbes et des Bosniaques deviennent des ennemis alors qu’ils mangeaient et festoyaient encore ensemble la veille ? La question n’est pas le conflit, le conflit est permanent. La question est le passage à l’acte. Pourquoi ? Parce qu’il manque la symbolique, la culture, la possibilité de parler avec l’autre, d’échanger des représentations. Bref, comment éviter le passage à l’acte via la culture ? » 

(...)

 

 

 

07/06/2007

Cartographie de peacelines - Belfast

Dans la catégorie "outils" pour comprendre Belfast, je vous recommande le Belfast Interface Project. Son directeur, Chris O'Halloran, m'a aidé à faire mes premiers pas dans Belfast.

Vous pourrez découvrir sur son site internet une carte interactive commentée des peacelines à Belfast. Ces mini-murs de Berlin cloisonnent nombre de quartiers. Elles se développent au fil du temps, y compris depuis la fin du conflit (1998). Tout récemment, dans le quartier de Springhill à elfast Ouest, des Catholiques auraient même demandé qu'on rehausse une peaceline pour les protéger d'autres... Catholiques.

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02/06/2007

Démographie et politique

Depuis plusieurs années, l'évolution démographique est favorable aux Catholiques en Irlande du Nord. Elle constitue un enjeu en soi. En effet, les Protestants redoutent plus que tout le moment où les Catholiques deviendront majoritaires. Le dernier recensement de 2001 parle de 43,7 % de personnes se présentant comme Catholiques ; de 53,1 % de Protestants ; le reste se revendique d'une autre religion ou philosophie (une minorité) ou ne se prononce pas. Au début des Troubles, soit en 1969, on établissait le rapport de forces à 70 % pour les Protestants et à 30 % pour les Catholiques. Cette rapide évolution de la natalité catholique n'est pas sans rappeler une scène d'anthologie du film "Le Sens de la vie" des Monty Python. D'après certains observateurs, le basculement pourrait s'opérer autour de 2020, pour d'autres il interviendrait plus tard.

Avec le temps, certains quartiers protestants sont devenus catholiques, ce qui n'est pas sans conséquence. En effet, les marches orangistes - dites aussi protestantes -, qui commémorent la bataille la Boyne, persistent à vouloir passer dans des quartiers historiquement protestants. Ce qui est perçu comme une véritable provocation chez les Catholiques. dans ce cas de figure, nous sommes en présence d'une opposition typique entre une logique de droit du sol et une logique démographique. La confrontation de ces deux logiques aboutit inévitablement dans une impasse : celle d'un dialogue de sourds. Les heurts et violences qui en découlent ont été médiatisés à maintes reprises.

On trouvera de nombreuses cartes sur le site du Cain (Conflict Archive on the Internet) - sélectionnez "same map of CAIN" - consacrées à Belfast, Derry-Londonderry, l'Irlande du Nord et l'Irlande. Elles permettent de visualiser :

- l'évolution démographique, entre autres l'évolution de la répartition des communautés sur base du critère "religieux" ;

- certains résultats électoraux ;

- ou encore le trajet de la marche orangiste à Portadown ou l'on peut voir la place grandissante occupée par la communauté catholique.

Par ailleurs, il est également possible de consulter sur le site du CAIN diverses cartes relatives à la localisation de certaines campagnes d'attentats; à l'évolution des actes de violence perpétrés par des paramilitaires (républicains et loyalistes) et au nombre de morts attribués aux forces de sécurité britannique, etc.

Les résultats électoraux - même très récents - permettent également d'observer cette évolution démographique favorable aux Catholiques. Je vous renvoie sur ce point au site de l'ARK (the Northern Ireland Social and Political Archive).