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31/08/2007

Gordel et "marches orangistes"

L'été a été relativement calme en Irlande du Nord. La "saison des marches" protestantes s'est déroulée pour ainsi dire sans incidents. Plusieurs observateurs locaux m'ont souvent expliqué que le problème d'une parade orangiste n'était pas forcément la parade elle-même, mais le fait qu'elle soit vécue comme une provocation par l'autre communauté. Un peu comme le "Gordel" en Belgique. Soulignons que lors de ces événements, l'émotionnel l'emporte largement sur le rationnel (relire "La surenchère du mépris").

Logique territoriale

Lors de ces événements, deux logiques s'affrontent : l'une territoriale, l'autre démographique ; ou pour faire plus "belge", le "droit du sol" et le "droit des gens".

En Irlande du Nord, pour les Protestants, il est normal de défiler dans des quartiers qui sont "historiquement" protestants. Pour les Catholiques, il est anormal que les parades orangistes passent par des quartiers devenus "démographiquement" catholiques. Ils y voient une provocation de la part de l'autre communauté.

En Belgique, le "Gordel" se retrouve pris dans une dynamique d'opposition similaire. Le "Gordel" est une promenade cycliste, à caractère politique (et sportif), qui vise à rappeler chaque année le caractére flamand de la périphérie bruxelloise, même si celle-ci est aujourd'hui majoritairement francophone sur le plan démographique. Dès lors, si pour les Flamands il est normal de défiler sur un territoire qui est "historiquement" flamand, les francophones de la périhérie vivent cela comme une provocation.

Affrontements

Il n'est guère utile de rappeler ici que les marches protestantes se sont souvent illustrées par des émeutes et d'autres actions violentes. Certains membres de la communauté catholique ont été à l'origine de maints jets de pierres, cocktails molotov, bombes artisanales et autres en direction de ces défilés. Avec le processus de paix, le dialogue domine toutefois et la violence est en voie de régression.

Fort heureusement, le "Gordel" ne connaît pas de tels affrontements. Toutefois, les organisateurs enregistrent chaque année des "actes de sabotage" : poteaux de signalisation modifiés ou retirés, clous jetés sur la chaussée par milliers en vue de crever les pneus des vélos et arbres abattus en travers du parcours. En 2006, la Libre Belgique rapportait qu'un avocat francophone affilié au barreau de Bruxelles avait été arrêté par la police, alors qu'il répandait des clous sur le trajet du Gordel. Ce juriste confirmé devait pourtant bien être au fait des risques qu'il encourait, son acte équivalant à du vandalisme. Cette année, les organisateurs du Gordel redoutent encore davantage de tels actes d'hostilité de la part des francophones, vu l'exacerbation des tensions communautaires qui ont résultées des "négociations" gouvernementales.

Chacun sa promenade ou sa parade "festive"

Il est également étrange - ou logique - que dès que l'autre communauté organise sa parade ou sa promenade cycliste ("La Saint-Patrick" en Irlande du Nord ou "La Promenade verte" à Bruxelles), cela soit également perçu comme une provocation par la première communauté. Bien entendu, dans les deux cas, les organisateurs estiment légitime d'organiser cet événement et s'étonnent de la réaction offensée de l'autre communauté.

On observera aussi que les divers organisateurs insistent sur le caractère familial et festif de ces parades et autres promenades, sous-entendant qu'elles n'auraient aucun impact sur le plan politique.

Faut-il y voir de la naïveté ou de l'aveuglement? A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'hypocrisie...

15/06/2007

Stewartstown Road Regeneration Project - 2

Juin 2002, je retourne sur le site du Stewartstown Road Regeneration Project (voir "Stewartstown Road Regeneration Project - 1"). Que de changements!

Trois ans plus tard, un supermarché a effectivement été construit sur la peaceline. La peaceline semble s’être quelque 18af599af52a8eac4bd54a15634db643.jpgpeu adoucie. Les thuyas et les grilles métalliques ont disparu et la route est fermée de manière plus esthétique : les tôles ont cédé la place à une porte de métal plus nette. Un immeuble neuf trône devant l’ancien : il accueille au rez-de-chaussée le bureau de poste et deux ou trois commerces. Certains éléments de la peaceline ont néanmoins été conservés pour des raisons de sécurité, mais les changements opérés vont dans le bon sens.

A l’étage du bâtiment, se trouvent les bureaux destinés à accueillir les services sociaux. Certaines pièces sont encore en chantier, mais plus pour longtemps. J'y retrouve John Hoey, un géant de deux mètres, à qui je donne 45 ans. Gestionnaire du bâtiment, il est actif dans le Stewartstown Road Regeneration Project depuis février 2001. Ce projet de revitalisation urbaine s’appuie sur des financements régionaux, nationaux, européens et internationaux. Il nous explique que le e0f5cec8d69b7b4f9b5044726906f58c.jpgbureau des directeurs du projet est composé d’un nombre égal de membres de Lenadoon et de Suffolk. En plus de cela, les contacts structurels entre les deux communautés sont nombreux. Dans le bâtiment, chaque communauté dispose du même espace de bureaux à l’étage. « Chacune a signé son bail à la même date selon les mêmes termes et les mêmes conditions, raconte John. Ce bâtiment sera utilisé par les deux communautés qui ont un droit équivalent à le posséder et à se trouver à l’intérieur. Des gens à revenus modestes viendront ici pour accéder aux services publics mis à leur disposition. Dans le hall central, une série d’équipements leur permettra de prendre une tasse de café ou de manger leur repas de midi et d’interagir avec les autres dans un cadre convivial. Au rez-de-chaussée, le bureau de poste et les magasins fournissent des services à l’usage des deux communautés, au même titre que le supermarché. La poste va par ailleurs engager des personnes issues des deux communautés. Enfin, tout projet futur (crèche, espace de jeux…) s’inscrira dans la même logique d’ espace partagé. »

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07/06/2007

Cartographie de peacelines - Belfast

Dans la catégorie "outils" pour comprendre Belfast, je vous recommande le Belfast Interface Project. Son directeur, Chris O'Halloran, m'a aidé à faire mes premiers pas dans Belfast.

Vous pourrez découvrir sur son site internet une carte interactive commentée des peacelines à Belfast. Ces mini-murs de Berlin cloisonnent nombre de quartiers. Elles se développent au fil du temps, y compris depuis la fin du conflit (1998). Tout récemment, dans le quartier de Springhill à elfast Ouest, des Catholiques auraient même demandé qu'on rehausse une peaceline pour les protéger d'autres... Catholiques.

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02/06/2007

Démographie et politique

Depuis plusieurs années, l'évolution démographique est favorable aux Catholiques en Irlande du Nord. Elle constitue un enjeu en soi. En effet, les Protestants redoutent plus que tout le moment où les Catholiques deviendront majoritaires. Le dernier recensement de 2001 parle de 43,7 % de personnes se présentant comme Catholiques ; de 53,1 % de Protestants ; le reste se revendique d'une autre religion ou philosophie (une minorité) ou ne se prononce pas. Au début des Troubles, soit en 1969, on établissait le rapport de forces à 70 % pour les Protestants et à 30 % pour les Catholiques. Cette rapide évolution de la natalité catholique n'est pas sans rappeler une scène d'anthologie du film "Le Sens de la vie" des Monty Python. D'après certains observateurs, le basculement pourrait s'opérer autour de 2020, pour d'autres il interviendrait plus tard.

Avec le temps, certains quartiers protestants sont devenus catholiques, ce qui n'est pas sans conséquence. En effet, les marches orangistes - dites aussi protestantes -, qui commémorent la bataille la Boyne, persistent à vouloir passer dans des quartiers historiquement protestants. Ce qui est perçu comme une véritable provocation chez les Catholiques. dans ce cas de figure, nous sommes en présence d'une opposition typique entre une logique de droit du sol et une logique démographique. La confrontation de ces deux logiques aboutit inévitablement dans une impasse : celle d'un dialogue de sourds. Les heurts et violences qui en découlent ont été médiatisés à maintes reprises.

On trouvera de nombreuses cartes sur le site du Cain (Conflict Archive on the Internet) - sélectionnez "same map of CAIN" - consacrées à Belfast, Derry-Londonderry, l'Irlande du Nord et l'Irlande. Elles permettent de visualiser :

- l'évolution démographique, entre autres l'évolution de la répartition des communautés sur base du critère "religieux" ;

- certains résultats électoraux ;

- ou encore le trajet de la marche orangiste à Portadown ou l'on peut voir la place grandissante occupée par la communauté catholique.

Par ailleurs, il est également possible de consulter sur le site du CAIN diverses cartes relatives à la localisation de certaines campagnes d'attentats; à l'évolution des actes de violence perpétrés par des paramilitaires (républicains et loyalistes) et au nombre de morts attribués aux forces de sécurité britannique, etc.

Les résultats électoraux - même très récents - permettent également d'observer cette évolution démographique favorable aux Catholiques. Je vous renvoie sur ce point au site de l'ARK (the Northern Ireland Social and Political Archive).