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07/09/2007

De l'Ulster à la Somme - 1

L'automne dernier, je me trouvais dans un taxi belfastois en compagnie de deux amis français. Le chauffeur nous a tout naturellement demandé d'où l'on venait. "France et Belgique", furent nos réponses. Il nous a dit alors que son grand-père avait combattu en Belgique lors de la Première Guerre mondiale.

Il a cité la Somme.

Etonnement de notre part.

- "Vous êtes sûr que ce n'était pas en France?".

- "Non, c'était en Belgique." On ne l'a pas contredit.

"Un jour j'irai là-bas, voir où il a combattu." Puis il a embrayé : "Beaucoup de Catholiques ont combattu dans les rangs de l'armée britannique lors de la Première Guerre mondiale. On n'en parle pas trop dans la communauté catholique. Ce n'était pas bien vu." Je me suis demandé s'il était Catholique...

C'est en pensant à ce chauffeur de taxi, que cet été, j'ai fait un détour par les champs de bataille de la Somme. En traversant cette belle et paisble région, où fleurissent les cimitières militaires et les monuments aux morts, on a du mal à imaginer que ce fût un enfer 80 ans plus tôt. Non loin de Thiépval, la tour d'Ulster s'élève en hommage aux combattants irlandais qui sont venus mourir loin de chez eux, parfois victimes de "tirs amis", en particulier lorsque l'artillerie anglaise les a pilloné parce qu'elle n'imaginait pas que les soldats du 36th Ulster Regiment s'étaient enfoncés aussi loin dans les lignes ennemies.

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07/08/2007

La fin des "murals"?

fbd76558072d5432603b65bd6cb020a8.jpgAlors que les "murals" paramilitaires d'Irlande du Nord sont considérées comme la principale attraction touristique du Royaume-Uni, un vaste programme vise à les faire remplacer par des fresques plus neutres, rapporte la BBC, ce lundi 6 août. En 2006, l'Irlande du Nord a lancé le "Re-Imaging7a4119d4532593e402577b9e928b98ce.jpg Communities Programme" (lire ou relire : Retour à Belfast 6). Il vise à aider les communautés à se réapproprier leurs espaces publics. Le budget prévu s'élève à 3,3 millions de livres sterling.

Précisons, par ailleurs, que Belfast a été classée dans le "top 10" des destinations à la mode en 2007 par le Guide de voyage Lonely Planet, précisait la BBC le 1er août. Elle attire 6 millions de visiteurs par an (alors qu'elle compte 276 459 habitants [2001] et que la zone métropolitaine du grand Belfast compte 579 554 habitants), qui rapportent 285 millions de livres sterling à l'économie et assurent 16 000 emplois équivalents temps plein.

 

 

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27/06/2007

Retour à Belfast - 6

Suite des rencontres de Banlieues d'Europe à Belfast et de mes Chroniques belfastoises là-bas - que j'aurais pu appeler "Un Automne à Belfast" (24 novembre 2006) 

Repenser l'image de l'Irlande du Nord

Changer l’image des communautés en transition est l’objectif que se sont fixés les acteurs culturels nord-irlandais. Paul Sweeney,f997306a12f6bd9256032fd000a5656a.jpg Permanent Secretary, Departement of Culture, Arts and Leisure (Irlande du Nord), constate que d’autres communautés, d’autres religions, ont émergé depuis la fin du conflit. Dès lors, de nouvelles voies pour vivre ensemble doivent être explorées. Et cela nécessitera du temps, car de nombreux voisins ont vécu le conflit. A cette fin, de nombreux investissements ont été consacrés à la création artistique, à la création de lieux publics partagés, par le biais des programmes européens de réconciliation Peace 1 et Peace 2.

Pour James Kerr, Executive Director du Verbal Arts Centre à Derry, le monde des arts est confronté à deux défis en Irlande du Nord : premièrement, il faut convaincre les pouvoirs publics d’investir dans les communautés locales, deuxièmement, il faut évaluer les avantages des programmes d’art pour les faire valoir auprès du gouvernement. « Si on ne peut pas quantifier ces avantages, il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’il y a d’autres priorités. » Mais les défis ne s’arrêtent pas là. Francesca Biondi du New Belfast Community Arts Initiative identifie tout d’abord un défi politique en termes de perception des communautés par rapport aux programmes artistiques. Il s’agit d’encourager la régénération rurale et urbaine par le biais de la culture. Deuxième défi : il faut réfléchir à la signification d’une œuvre non seulement par rapport au message véhiculé, mais aussi en termes artistiques. Pour cela, la consultation et la participation des communautés est indispensable pour renforcer le sentiment de propriété des projets. Et c’est là le troisième enjeu : les communautés ont un rôle de moteur pour les processus artistiques dans le cadre de la régénération et du renouvellement des espaces publics. Ces ingrédients prennent tout leur sens, surtout lorsqu’on remplace des peintures murales à connotation politique par d’autres totalement neutre. L'intervention de Katrina Newell, Youth Arts Coordinator au New Lodge Arts, abonde dans ce sens : la régénération doit avoir un objectif de renforcement de la communauté.

Lutter contre le racisme : quelques expériences de terrain

 
Contrer la montée de la xénophobie et de l'extrême droite implique de recourir à divers modes de résistance. La culture en est un. A Liverpool, le poète Levi Tafari, travaille sur des projets d’éducation en menant des ateliers d’écriture dans les écoles, les collèges, les universités, les maisons de jeunes, les prisons et les bibliothèques. Dans la banlieue de Lyon, Fernanda Leite, directrice du Centre culturel de Villeurbanne, mène des activités axées sur le dialogue interculturel.
A Ottakring, un quartier comptant beaucoup d’immigrés et de logements dégradés, près de Vienne, un groupe d’architectes et d’artistes veillent à assurer la participation de la communauté locale dans le cadre de la revitalisation urbaine du quartier. La Brunnemark est l’épine dorsale du quartier : 600 m de bazar avec 75 % de commerçants d’origine immigrée. Le groupe d’architectes et d’artistes mènent des projets engagés qui touchent la société, avec le secteur associatif, les associations de jeunesse et les centres scolaires. Ces projets incluent des personnes marginalisées. Il n’y a pas de gentrification, car le but est de garder les gens dans le quartier.
En Israël, le projet « Hand in hand » regroupe trois écoles mixtes mélangeant des enfants juifs israéliens et des enfants arabes israéliens. « Chaque classe compte deux enseignants : l’un enseigne en arabe, l’autre en hébreu », raconte Simone Susskind, présidente de « Actions en Méditerranée » (Bruxelles). On y parle de la religion de l’autre, des fêtes de l’autre. Après la première année, chaque enfant peut comprendre la langue de l’autre, après quatre ans ils maîtrisent totalement la langue. Cela a un impact sur les parents puisque les enfants vont les uns chez autres, dorment sur place… Les parents doivent donc se rencontrer, être en relation. Pour Simone Susskind, la généralisation de ces projets à l’ensemble du système scolaire israélien permettrait de résoudre nombre de problèmes.

Attentat 

En fin d’après-midi, Rachel Marshall du Social Economy Belfast programme vient me chercher au Spectrum Centre. Le temps qu'elle m’emmène en voiture jusqu’au centre, la nuit est déjà tombée. Il est vrai que nous sommes beaucoup plus proche du cercle polaire. A la radio, un journaliste annonce qu’il y a eu une tentative d’attentat au Parlement de Stormont. Le silence se fait dans l’habitacle. Aujourd’hui est un jour-clé. Les différentes parties en présence doivent démontrer qu’elles sont arrivées à un accord pour gouverner ensemble. Dans le cas contraire, Londres reprendra en main la gestion de l’Irlande du Nord. Le journaliste parle d’un homme armé, de bombes… C’est un peu confus. J’achèterai les journaux du soir pour en savoir plus. Au-dehors, la vie ne s’arrête pas pour autant. Heure de pointe oblige, nous roulons au pas. Nous ne pouvons que commenter cet événement sur lequel nous n’avons aucune prise.

 

10/06/2007

Retour à Belfast - 5

3895f77483d7f6d27db93f32218311c4.jpgL'action se déroule toujours le vendredi 24 novembre 2006. 

Après avoir traversé un quartier des plus tristes nous arrivons dans Shankill Road, au Spectrum Centre. Des fresques plus évidentes apparaissent. De nouveau les mêmes questions. Je remplis mon rôle de guide touristique improvisé. Je sympathise avec Nadir, journaliste à Beur FM (Paris). Le temps est chagrin. Nous nous hâtons de nous réfugier à l’intérieur. Les Rencontres vont commencer. Compte-rendu journalistique.

 

Mise en bouche

Depuis 1990, le réseau Banlieues d’Europe, constitué d’acteurs culturels, d’artistes, de chercheurs, d’élus, travaille à l’échange de pratiques et d’informations « pour évaluer et promouvoir les projets d’action culturelle naissant dans les quartiers en difficultés en Europe. »

Pour ces 13es rencontres, Banlieues d’Europe soulignait l’importance de la culture dans les conflits : « Certains pourraient arguer que la culture et l’art ne sont que purs divertissements imaginaires, mais nous répondons que la force des représentations imaginaires et symboliques est déterminante. L’Histoire récente des conflits ethniques et religieux dans le monde, de la montée du nationalisme ou de la xénophobie, au nom de l’identité culturelle le démontre largement. La culture est au centre de tous ces conflits, au croisement de l’imaginaire et du symbolique, de l’ensemble des représentations et des valeurs qui traversent une société humaine. »

D’om l’idée du réseau européen d’inviter des représentants de projets artistiques et culturels qui cherchent à développer le dialogue entre les différentes communautés, « en conflit ou en voie de l’être ». Pour Banlieues d’Europe, « il s’agit de les faire valoir et de soutenir le développement d’activités de ce type dans des contextes de conflits existants ou larvés, afin de contribuer à leur prévention, à leur résolution. »

Au cœur du sujet

« Avoir choisi Belfast nous évitera de rester dans le discours », déclare d’entrée de jeu Olivier Gagnier, chargé de mission au ministère de la Culture – Délégation au développement et aux Affaires internationales (France). Soulignant le fait qu’il y a une diversité culturelle à faire vivre, il insiste sur la nécessité de moderniser les relations de partenariats entre les organismes de gestion des pouvoirs publics et la société civile et les associations, qui n’ont pas de légitimité politique, mais qui ont en revanche un rôle d’éclairage, d’avertissement. « On n’est plus dans l’animation culturelle des années 60, mais dans une problématique de cohésion sociale et territoriale pointées lors du sommet de Lisbonne », complète l’orateur. Dans ce cadre, l’éducation culturelle et artistique peuvent être un vecteur d’échanges et devraient faire partie du socle de l’éducation.

Heather Floyd, directrice du Community Arts Forum (Irlande du Nord) abonde dans ce sens. Pour elle, il y a eu beaucoup de changements dans les quartiers en cris grâce à l’action culturelle. « L’art est une vraie contribution au processus de réconciliation en Irlande du Nord. Il stimule l’imagination, la société. » Gerri Moriarty, artiste et consultante à Belfast, ajoute qu’aujourd’hui les deux grandes communautés d’Irlande du Nord ont comme défi de combler le vide de l’incompréhension culturelle : « Il est temps de passer de la tolérance, qui n’exige pas d’implication - on peut vivre l’un à côté de l’autre sans se rencontrer –, au respect qui exige de s’engager et a donc un impact en termes culturel. »

De son côté, Roger Tropéano, président du réseau « Les rencontres », qui regroupent les élus à la Culture dans les différentes collectivités territoriales, estime également que le monde artistique participe à la résolution des conflits, mais il se demande aussi si les conflits ne sont pas une conséquence de diversités culturelles exacerbées. Pour sa part, Jean Hurstel, président du réseau Banlieues d’Europe, replonge dans ses souvenirs d’enfance pour illustrer la question du conflit. « Quand j’étais gosse, raconte-t-il, en juillet, on allait au bord du Rhin, On regardait de l’autre côté. Alors on voyait des ombres au loin. On se disait : ‘Ca, ce sont des Allemands’. On nommait ainsi l’ennemi héréditaire. C’est à la frontière que se joue les regards de l’autre. En même temps, il y avait ces péniches qui faisaient rêver à la mer, à tout ce qui venait de l’extérieur. C’est peut-être cela le rôle de la culture… On a souvent une image dépréciative de l’autre. La vraie question du conflit n’est pas d’avoir une mauvaise image de l’autre. La vraie question est de comprendre pourquoi je passe à l’acte. Pourquoi en une nuit des Serbes et des Bosniaques deviennent des ennemis alors qu’ils mangeaient et festoyaient encore ensemble la veille ? La question n’est pas le conflit, le conflit est permanent. La question est le passage à l’acte. Pourquoi ? Parce qu’il manque la symbolique, la culture, la possibilité de parler avec l’autre, d’échanger des représentations. Bref, comment éviter le passage à l’acte via la culture ? » 

(...)