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10/03/2009

Début de campagne RIRA?

Un policier est abattu à Craigavon (Comté de Armagh), 48 heures après l'assassinat deux soldats britanniques à Antrim par la RIRA (IRA véritable). L'attentat n'a pas été revendiqué, mais on penche pour un coup de la RIRA. Faut-il y voir le début d'une campagne d'attentats de la RIRA? On serait tenté de le croire.

Le 7 février 2008, la RIRA avait entamé une nouvelle offensive avec pour objectif avoué de s'en prendre à des "cibles légitimes", soit des représentants de force de l'ordre. En mai 2008, un policier est blessé dans l'explosion de sa voiture - piégée par la RIRA - ; en décembre 2008, une roquette manque une véhicule de patrouille, aucun policier n'est blessé.

Autre hypothèse : l'acte d'un autre groupe républicain dissident, qui souhaite également rappeler son existence. Il pourrait s'agir de la CIRA (Continuity IRA) - très active dans le comté d'Armagh ; de l'INLA (Irish National Liberation Army) ou du tout récent IRLA (Irish Republican Liberation Army). En août 2008, une attaque au lance-grenades contre une patrouille de police a été revendiquée par la CIRA, la RIRA et l'IRLA. Le plus souvent la bannière républicaine sert à couvrir d'autres activités criminelles : trafic de drogues, vols, "tiger" kidnapping ou extorsions de fonds.

Pourquoi maintenant? Selon le rapport de novembre 20008 de l'Independent Monitoring Commission, la CIRA et la RIRA ont particulièrement été actifs au cours de la période de mars à août 2008. La CIRA a été à l'origine de nombreuses attaques qui auraient pu entraîner la mort des policiers. Mais, pour la période étudiée, la RIRA est l'auteur de la plupart des attaques et de nombres d'alertes à la bombe (avérées fausses). Il y a eu au total 14 tirs et attaques républicains de mars à août pour 10 tirs et attaques loyalistes.

Notons également que la police nord-irlandaise est en voie de "démilitarisation". Dans le cadre du processus de paix, la police engage des Catholiques en vue d'arriver à une police mixte. Un climat de confiance s'est instauré également : les patrouilles à pied et à vélos se développent, et de nouvelles relations se développent avec les quartiers catholiques qui attendent des résultats de la police. Autant de nouveautés tout à fait impensables pendant le conflit. Les policiers sont donc aujourd'hui plus vulnérables.

Commentaires

Une police démilitarisée???
Une force de police armée de gilet pare balle qu'on ne voit qu'au GIGN, qui patrouille en véhicule blindé, qui porte ostentiblement des fusils d'assaut systématiquement et qui ne patrouille quasiment plus dans certaines zones républicaines...
Il me semble que vous avez une idée vraiment très optimiste des 6 comtés... La menace pesant sur les forces de sécurité n'a plus été si élevée depuis les accords de "paix". Alors une activité de police normale, ce n'est pas pour tout de suite.

Écrit par : Deverly | 10/12/2009

Bonjour,
Tout d'abord, je n'ai pas écrit que cette police n'était pas menacée et qu'on était dans une activité de police normale.
Ensuite, soit on voit tout en noir, et on se dit que l'Irlande du Nord ne s'en sortira jamais ; soit on prend note des évolutions positives - et il y en a - pour faire avancer la réconciliation. Selon moi, la seconde option favorise le retour à la normale qui prendra deux-trois générations.
Ainsi le fait de voir des policiers patrouiller à pied ou à vélo est une évolution énorme. Le fait d'avoir abandonné le gris camouflage urbain pour les véhicules blindés au profit du blanc plus voyant témoigne aussi d'une avancée. Tout comme le fait que la population catholique attende des résultats de cette police, alors qu'auparavant elle n'aurait jamais osé la contacter par crainte de représailles de l'IRA. Donc, oui, une activité de police normale n'est pas pour tout de suite, mais elle finira bien par se mettre en place.

Écrit par : baudouin | 10/12/2009

Je continue à vous trouvez très optimiste. Certes, il y a eu une acalmie depuis Omagh et les boulversements qui ont touchés les "dissidents" (terme qui est contestable). Mais cette période me paraît terminée même si on n'assistera pas à une campagne similaire à celle menée durant Les "Troubles".

Le PSNI a certes recruté des catholiques mais ceux-ci sont pratiquement tous issus de la communauté nationaliste qui n'a jamais soutenue l'IRA. C'est cette même communauté nationaliste qui attend des résultats du PSNI.
Il suffit de voir les critiques (internes) qui ont eu lieues au sein du mouvement provisoire après les paroles de McGuiness ("These criminals are traitors to the island of Ireland") pour comprendre que cette police n'est à peine plus acceptée de la part d'une bonne partie de la communauté républicaine que le RUC.

Les patrouilles à pied ont toujours eu lieu (les deux derniers RUC tués par l'IRA avant le Good Friday Agreement l'ont été à Lurgan alors qu'ils patrouillaient à pied). Et les patrouilles à vélo, elles se passent où? Probablement dans l'East Belfast et surement pas dans Ardoyne ou les New Lodge.
Ces "avancées" de la PSNI sont des avancées de façade. Le gouvernement britannique est aussi près de normaliser les six comtés que le Lichtenstein de gagner la coupe du monde de football.

Écrit par : Deverly | 15/12/2009

C'est vrai, je suis optimiste.
Mais, si vous avez lu mes autres articles, vous verrez que, pour moi, le retour à la paix ne se résume à des activités policières.
De mon dernier séjour à Belfast, j'ai rencontré des Catholiques qui ont assisté à une rencontre au Spectrum Centre sur Shankill Road. Ils ont avoué publiquement que dix ans plus tôt, ils n'auraient jamais mis les pieds dans ce quartier pour tout l'or du monde. J'ai rencontré les acteurs d'"espaces partagés" qui se développe sur Stewartstown Road (enclave de Suffolk), sur Duncairn Gardens et ailleurs. La réconciliation passe par là avant tout et pas par l'action policière et/ou militaire.
Maintenant libre à vous d'opter pour la voie du pessimisme.

Écrit par : baudouin | 15/12/2009

Qu'il y ait réconciliation : tant mieux.
Mais cela ne veut absolument pas dire que la "guerre" est terminée. L'IRA n'a jamais voulu d'une guerre sectaire. Si l'ombre sectaire s'éloigne, la "guerre", elle, ne le fait pas.

Pour moi, c'est un conflit entre les Britanniques et leurs forces d'occupation et les républicains. Pas une guerre civile.

Écrit par : Deverly | 16/12/2009

Nous ne partageons décidément pas les mêmes points de vue.
Les activistes républicains sont pour moi aujourd'hui des gens qui sont soit d'irréductibles va-t-en-guerre (Mc Guiness est dans la même position que Michael Collins) ; soit des gens qui se servent de la bannière républicaine pour couvrir d’autres activités criminelles (trafic de drogues, vols, « tiger » kidnapping, extorsions de fonds et autres rackets).
Ceci dit, on observe la même dérive maffieuse du côté des paramilitaires loyalistes.

Écrit par : baudouin | 16/12/2009

Je n'ai pas envie de rentrer dans les détails car je ne suis pas en forme mais je vais essayer d'expliquer mon point de vue brièvement et clairement.
Le processus politique actuelle qui a fait reconnaître Stormont aux (anciens) républicains du PSF/PIRA n'a fait qu'ancrer davantage les six comtés dans le Royaume-Uni. Des notes internes aux partis unionistes qui ont été publiées montrent qu'ils considèrent la signature du Good Friday Agreement comme une grande victoire politique pour l'Unionisme.
L'intégration politique de la communauté républicaine permet de "normaliser" (ce n'est pas le cas grâce à la campagne actuelle des "différentes IRA") les six comtés et permet au gouvernement britannique de considérer le "problème irlandais" comme étant réglé et ayant trouvé sa solution définitive. C'est pourquoi, seule la lutte armée permettra la victoire des républicains.
Et actuellement, chaque bombe qui explose, chaque émeute qui éclate, chaque balle qui est tirée, chaque personne arrêtée et chaque membre des forces de sécurité qui est touché envoie le message au gouvernement britannique : le "problème irlandais" n'est pas un problème réglé et les six comtés ne seront jamais normalisés tant qu'il y aura soldats et policiers qui occuperont cet endroit.

Quant aux criminels qui se cachent derrière la bannière républicaine, ils sont souvent la cible des "IRA". Aucun membre de l'IRA (CIRA,RIRA,OnaH) n'a jamais été arrêté pour traffic de drogue et les autres activités leur permettent de se financer. La contrebande, ce sont des revenus en moins pour les Etats; l'extortion n'est pas différente des impôts britanniques. Sans financement, il n'y aurait ni armes, ni matériel, ni opération.

Écrit par : Deverly | 16/12/2009

Je ne crois plus depuis longtemps au "romantisme" de la lutte armée. Donc, je ne peux pas vous rejoindre quand vous affirmez : "C'est pourquoi, seule la lutte armée permettra la victoire des républicains." Les gens veulent la paix, les "troubles" sont dépassés.
De même, affirmer que "l'extortion n'est pas différente des impôts britanniques", c'est cautionner le racket maffieux.
Pas étonnant que les soeurs McCartney et de nombreuses personnes issues des communautés nationalistes se soient autant plaints de la "RAffia"... surtout quand l'IRA joue à la police supplétive.
Quand aux rapports entre police et communautés, je vous invite à lire "Policing Loyalist and republican communities" téléchargeable sur le site : http://www.conflictresearch.org.uk

Écrit par : baudouin | 17/12/2009

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