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10/06/2007

Retour à Belfast - 5

3895f77483d7f6d27db93f32218311c4.jpgL'action se déroule toujours le vendredi 24 novembre 2006. 

Après avoir traversé un quartier des plus tristes nous arrivons dans Shankill Road, au Spectrum Centre. Des fresques plus évidentes apparaissent. De nouveau les mêmes questions. Je remplis mon rôle de guide touristique improvisé. Je sympathise avec Nadir, journaliste à Beur FM (Paris). Le temps est chagrin. Nous nous hâtons de nous réfugier à l’intérieur. Les Rencontres vont commencer. Compte-rendu journalistique.

 

Mise en bouche

Depuis 1990, le réseau Banlieues d’Europe, constitué d’acteurs culturels, d’artistes, de chercheurs, d’élus, travaille à l’échange de pratiques et d’informations « pour évaluer et promouvoir les projets d’action culturelle naissant dans les quartiers en difficultés en Europe. »

Pour ces 13es rencontres, Banlieues d’Europe soulignait l’importance de la culture dans les conflits : « Certains pourraient arguer que la culture et l’art ne sont que purs divertissements imaginaires, mais nous répondons que la force des représentations imaginaires et symboliques est déterminante. L’Histoire récente des conflits ethniques et religieux dans le monde, de la montée du nationalisme ou de la xénophobie, au nom de l’identité culturelle le démontre largement. La culture est au centre de tous ces conflits, au croisement de l’imaginaire et du symbolique, de l’ensemble des représentations et des valeurs qui traversent une société humaine. »

D’om l’idée du réseau européen d’inviter des représentants de projets artistiques et culturels qui cherchent à développer le dialogue entre les différentes communautés, « en conflit ou en voie de l’être ». Pour Banlieues d’Europe, « il s’agit de les faire valoir et de soutenir le développement d’activités de ce type dans des contextes de conflits existants ou larvés, afin de contribuer à leur prévention, à leur résolution. »

Au cœur du sujet

« Avoir choisi Belfast nous évitera de rester dans le discours », déclare d’entrée de jeu Olivier Gagnier, chargé de mission au ministère de la Culture – Délégation au développement et aux Affaires internationales (France). Soulignant le fait qu’il y a une diversité culturelle à faire vivre, il insiste sur la nécessité de moderniser les relations de partenariats entre les organismes de gestion des pouvoirs publics et la société civile et les associations, qui n’ont pas de légitimité politique, mais qui ont en revanche un rôle d’éclairage, d’avertissement. « On n’est plus dans l’animation culturelle des années 60, mais dans une problématique de cohésion sociale et territoriale pointées lors du sommet de Lisbonne », complète l’orateur. Dans ce cadre, l’éducation culturelle et artistique peuvent être un vecteur d’échanges et devraient faire partie du socle de l’éducation.

Heather Floyd, directrice du Community Arts Forum (Irlande du Nord) abonde dans ce sens. Pour elle, il y a eu beaucoup de changements dans les quartiers en cris grâce à l’action culturelle. « L’art est une vraie contribution au processus de réconciliation en Irlande du Nord. Il stimule l’imagination, la société. » Gerri Moriarty, artiste et consultante à Belfast, ajoute qu’aujourd’hui les deux grandes communautés d’Irlande du Nord ont comme défi de combler le vide de l’incompréhension culturelle : « Il est temps de passer de la tolérance, qui n’exige pas d’implication - on peut vivre l’un à côté de l’autre sans se rencontrer –, au respect qui exige de s’engager et a donc un impact en termes culturel. »

De son côté, Roger Tropéano, président du réseau « Les rencontres », qui regroupent les élus à la Culture dans les différentes collectivités territoriales, estime également que le monde artistique participe à la résolution des conflits, mais il se demande aussi si les conflits ne sont pas une conséquence de diversités culturelles exacerbées. Pour sa part, Jean Hurstel, président du réseau Banlieues d’Europe, replonge dans ses souvenirs d’enfance pour illustrer la question du conflit. « Quand j’étais gosse, raconte-t-il, en juillet, on allait au bord du Rhin, On regardait de l’autre côté. Alors on voyait des ombres au loin. On se disait : ‘Ca, ce sont des Allemands’. On nommait ainsi l’ennemi héréditaire. C’est à la frontière que se joue les regards de l’autre. En même temps, il y avait ces péniches qui faisaient rêver à la mer, à tout ce qui venait de l’extérieur. C’est peut-être cela le rôle de la culture… On a souvent une image dépréciative de l’autre. La vraie question du conflit n’est pas d’avoir une mauvaise image de l’autre. La vraie question est de comprendre pourquoi je passe à l’acte. Pourquoi en une nuit des Serbes et des Bosniaques deviennent des ennemis alors qu’ils mangeaient et festoyaient encore ensemble la veille ? La question n’est pas le conflit, le conflit est permanent. La question est le passage à l’acte. Pourquoi ? Parce qu’il manque la symbolique, la culture, la possibilité de parler avec l’autre, d’échanger des représentations. Bref, comment éviter le passage à l’acte via la culture ? » 

(...)

 

 

 

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